D’un article à l’autre, les idées circulent

On ne va pas tout redire ici, on l’a déjà raconté ailleurs, en partant de Mission Impossible, de Cinnamon Carter, et de cette idée un peu folle qu’elle aurait très bien pu, dans une autre ligne de réalité, finir par quitter la Terre pour rejoindre la base lunaire Alpha.

C’est par ce biais-là qu’on s’est remis à regarder Cosmos 1999, non plus seulement comme une série culte des années 70, mais comme une source d’inspiration très directe pour Mega.

Cosmos 1999

En creusant un peu, on s’est rendu compte que Cosmos 1999 n’arrivait pas de nulle part.

Avant l’errance lunaire, il y avait UFO, alerte dans l’espace.

Même équipe créative, même goût pour les bases secrètes, les organisations de l’ombre, les menaces venues d’ailleurs, et surtout la même idée centrale : l’humanité n’est pas seule, et elle n’est clairement pas la mieux armée pour comprendre ce qui lui tombe dessus.

UFO, alerte dans l'espace

À partir de là, le rapprochement s’impose presque tout seul. Pas comme un canon commun, pas comme une continuité officielle, mais comme une résonance.

UFO, alerte dans l’espace, Cosmos 1999 et Mega parlent tous, chacun à leur manière, de structures cachées, de technologies en avance, de conflits qui dépassent l’échelle humaine, et de gens ordinaires projetés dans des enjeux qui les dépassent complètement.

Avant de tisser des ponts rôlistes, autant repartir des bases. D’abord UFO, Alerte dans l’Espace. Ce qu’est vraiment la série. Ce qu’elle raconte. Et pourquoi, au-delà de son look très seventies, elle reste étonnamment compatible avec un imaginaire à la Mega.

« UFO, alerte dans l’espace » la guerre de l’ombre en uniforme argenté

UFO, alerte dans l'espace

UFO, c’est la Terre à la fin du XXe siècle, confrontée à une réalité brutale : une civilisation extraterrestre existe, elle est technologiquement supérieure, et elle mène contre l’humanité une guerre discrète. Pas d’invasion massive, pas de flotte au-dessus des capitales, mais des incursions ciblées, des enlèvements, des opérations chirurgicales. Les Aliens viennent chercher des organes humains pour survivre, et n’ont aucune raison morale de se soucier de ceux qu’ils prélèvent.

UFO, alerte dans l'espace
Supreme Headquarters Alien Defence Organization

En face, la réponse humaine prend la forme d’une organisation clandestine internationale : SHADO. Une structure ultra-secrète, financée par plusieurs États, dotée de technologies de pointe pour l’époque, d’un réseau de détection orbital, d’intercepteurs spatiaux, d’un sous-marin capable de lancer un chasseur supersonique, et d’une base lunaire armée de missiles nucléaires chargée d’intercepter les vaisseaux ennemis avant qu’ils n’atteignent la Terre.

UFO, alerte dans l'espace

On est loin de l’amateurisme. SHADO, c’est une machine de guerre moderne, hiérarchisée, rationnelle, prête à prendre des décisions moralement douteuses pour éviter le pire. Ce qui rend la situation angoissante, ce n’est pas le manque de moyens, c’est le décalage d’échelle : aussi avancée soit-elle, cette organisation reste en retard d’un cran sur l’adversaire. Elle réagit, elle anticipe parfois, mais elle ne contrôle jamais vraiment la situation.

UFO, alerte dans l'espace

Et au milieu de ce tableau très sombre, très parano, très “guerre froide transposée dans l’espace”, il y a l’esthétique.

Le fameux choc visuel.

UFO, c’est aussi les perruques violettes de la base lunaire, les combinaisons argentées, les mini-jupes, les bottes blanches, et ces hauts en résille translucide portés aussi bien par les femmes que par les hommes. Une vision du futur filtrée par la mode de 1970, entre design industriel, fantasme spatial et érotisme soft.

Aucune justification scientifique sérieuse, aucun souci de réalisme fonctionnel : ces tenues ne sont ni pressurisées ni crédibles comme équipement spatial. Elles existent pour être vues, pour accrocher l’œil, pour donner à la série une identité visuelle immédiatement reconnaissable.

Ce qui est intéressant, avec le recul, c’est que cette sexualisation est assez largement partagée. Les corps masculins comme féminins sont mis en valeur, moulés, parfois partiellement visibles sous la résille. On n’est pas seulement dans le “male gaze” classique, mais dans une sorte de glamour futuriste unisexe, typiquement ancré dans le Londres des années 70, projeté dans une base lunaire en état d’alerte permanente.

Le contraste est saisissant, et fait une grande partie du charme de la série : une guerre secrète, désespérée, menée contre une menace existentielle, et en même temps une imagerie presque pop, flashy, sexy, parfois franchement kitsch.

C’est précisément ce mélange qui rend UFO si intéressant pour des rôlistes. D’un côté, une organisation mondiale de l’ombre, des enjeux stratégiques, des choix impossibles, une technologie avancée mais insuffisante face à l’inconnu. De l’autre, un rétrofuturisme assumé, une esthétique forte, qui donne immédiatement une couleur, une ambiance, une texture au monde.

Un monde qui, sans forcer, peut très bien devenir l’un des innombrables univers parallèles qu’explorent, surveillent ou croisent parfois les Messagers Galactiques.

UFO, alerte dans l'espace
L’image mérite une explication non ? En fait le quartier général est camouflé sous les studios de cinéma Harlington-Straker en Angleterre. Mais ça pourrait presque illustrer un hall quelconque dans une salle de Transit de la Guilde des Megas.

Cosmos 1999, une vraie fausse suite de UFO

Cosmos 1999

Cosmos 1999 n’est pas, officiellement, la suite de UFO. Il n’y a pas de continuité déclarée, pas de personnages communs, pas de mention de SHADO ou des Aliens. Et pourtant, difficile de ne pas voir le lien.

D’un point de vue historique, le projet initial devait s’appeler UFO: 1999. L’idée était de poursuivre la série en déplaçant le centre de gravité de l’action vers la Lune, autour d’une grande base permanente. Le conflit avec les extraterrestres devait continuer, mais dans un cadre plus spatial, plus ambitieux. Le projet ne se fera pas tel quel, pour des raisons budgétaires et de repositionnement créatif. De cette mue naîtra une nouvelle série, avec de nouveaux personnages, une nouvelle situation, et un concept beaucoup plus radical : non plus la défense de la Terre, mais l’exil.

Avec un super générique, bien plus rythmé que certains épisodes, mais pas grave, c’est du bon !

Dans Cosmos 1999, la Lune est arrachée à son orbite à la suite de l’explosion de dépôts de déchets nucléaires. La base Alpha, installée à sa surface, se retrouve projetée dans l’espace profond. Coupée de la Terre, sans possibilité de retour, elle devient une arche involontaire, condamnée à errer de rencontre en rencontre.

Le changement d’échelle est frappant. UFO parlait d’une guerre secrète, d’une menace identifiable, d’un ennemi certes supérieur, mais encore “compréhensible” en termes militaires. Cosmos 1999, lui, bascule dans une science-fiction beaucoup plus cosmique. La Lune traverse des régions de l’espace où les lois physiques se distordent, croise des civilisations radicalement différentes, des intelligences non humaines, parfois des entités qui semblent dépasser toute classification classique. On n’est plus dans la simple confrontation stratégique, mais dans le vertige.

Cosmos 1999

Et pourtant, le point de vue reste le même : celui d’humains. 300 Alphans : des scientifiques, des techniciens, des pilotes, des responsables politiques improvisés, qui tentent de comprendre ce qui leur arrive, d’établir des contacts, de survivre, de donner un sens à une errance dont ils ne maîtrisent ni l’origine profonde, ni la destination.

Là où UFO montrait une humanité qui se défend dans l’ombre, Cosmos 1999 montre une humanité déracinée, projetée hors de son cadre, confrontée à des réalités qui la dépassent complètement. On passe de la paranoïa militaire à une forme de métaphysique spatiale, sans jamais perdre cette tonalité de sérieux, parfois même de désespoir, qui caractérise les productions de Gerry Anderson de cette période.

Dans cette perspective, Cosmos 1999 peut très bien être vu comme la “suite spirituelle” de UFO. Non pas la suite d’un scénario, mais la suite d’une idée : après avoir découvert que l’Autre existe et qu’il est dangereux, l’humanité découvre que l’Univers lui-même est étranger, instable, et  potentiellement indifférent à son sort.

Et au passage, un jeu de rôle officiel

Clin d’œil amusant pour les rôlistes : cette impression de “terrain de jeu” n’est pas qu’une projection nostalgique. Un jeu de rôle officiel Space: 1999 est actuellement en préparation, annoncé par la Gerry Anderson Estate, et présenté comme un RPG permettant d’incarner des membres de la base Alpha au fil de leurs rencontres avec des mondes et des entités inconnues.

Le simple fait que la série revienne aujourd’hui par ce biais n’est pas anodin. Cosmos 1999, au-delà de son esthétique et de son ambiance très marquée années 70, repose sur une structure épisodique qui se prête parfaitement au jeu de rôle : exploration, diplomatie, survie, dilemmes moraux, confrontations avec l’incompréhensible. Bien qu’on reste un chouya étonné du choix du système 2d20

Autrement dit, sans le savoir, la série posait déjà, il y a cinquante ans, les bases d’un type de campagne que des jeux comme Mega permettent aujourd’hui d’aborder sous un angle plus large encore, celui du multivers et des réalités parallèles.

Cosmos 1999

Space: 1999 – Quickstart “Breakaway” (2d20, Modiphius)

Ce livret d’initiation disponible gratuitement sur DriveThruRpg propose une version allégée du futur jeu de rôle Space: 1999, basé sur le système 2d20 de Modiphius. On y trouve les règles essentielles, six personnages prétirés et un scénario d’ouverture qui rejoue la catastrophe fondatrice de la série: l’explosion des silos nucléaires et l’arrachement de la Lune à l’orbite terrestre.

Le ton du scénario est très “film catastrophe” et survie technique: pilotage d’Eagle sous tempête électromagnétique, crash, manque d’oxygène, base en flammes, sauvetages d’urgence. C’est rythmé, tendu, parfois très pulp.

Mais sous cette façade d’action, le système met déjà en place des outils clairement orientés vers le drame humain et existentiel : Attitudes émotionnelles (Bravery, Compassion, Mystery…), scènes d’Espoir (Hope), points de Spirit, objets-souvenirs personnels. Tout indique que le jeu complet cherchera à équilibrer aventure spatiale et questionnements plus profonds : isolement, foi, sens, confrontation à l’inconnu cosmique, exactement comme dans les épisodes les plus métaphysiques de la série.

Et si on mettait tout ça dans une campagne Mega ?

À ce stade, la question ne se pose même plus en termes de “compatibilité de canon”, mais en termes de potentiel de jeu.

UFO, Alerte dans l’espace c’est déjà presque une campagne Mega avant l’heure : Une organisation secrète mondiale ; des technologies en avance sur leur temps ; une base lunaire ; des menaces venues d’ailleurs ; des missions d’interception, d’infiltration, de récupération, de dissimulation ; des décisions prises dans l’ombre, parfois moralement limites, pour éviter un effondrement global.

Cosmos 1999, c’est le niveau au-dessus. On ne protège plus seulement la Terre, on est arraché à elle. On ne fait plus que repousser l’ennemi, on traverse des zones de réalité instables. On ne rencontre plus seulement une espèce hostile, mais une pluralité de civilisations, d’entités, de phénomènes qui dépassent l’échelle humaine.

Dans l’univers de Mega, tout cela trouve naturellement sa place. On peut très bien considérer, sans rien forcer, que :

  • La Terre de UFO est une Terre parallèle, non membre de l’Assemblée Galactique, technologiquement avancée pour son époque, mais encore aveugle à la structure réelle du multivers.
  • SHADO est une organisation locale qui gère, tant bien que mal, des incursions extraterrestres, sans savoir qu’elle n’en perçoit qu’une infime partie, qu’un théâtre secondaire d’enjeux bien plus vastes.
  • La base lunaire de Cosmos 1999 devient, après l’explosion, un objet cosmique “déphasé”, projeté hors de son continuum d’origine, dérivant de zone de contact en zone de contact entre univers, entre régions de l’espace où les lois ne sont plus tout à fait les mêmes.

Dans le langage de Mega, on parlerait d’anomalie majeure, de région de discontinuité, de phénomène de Transit incontrôlé à l’échelle d’un corps céleste entier. Pas besoin d’en faire une explication définitive. Juste une classification, une tentative de compréhension parmi d’autres.

Pour la Guilde des Messagers, ce serait un cas fascinant et tragique à la fois : une population humaine entière, embarquée malgré elle dans une errance inter-univers, sans les capacités de Transit, sans connaissance du Continuum, condamnée à rencontrer des mondes et des puissances qui, pour elle, relèvent du mythe ou du divin.

Et côté table de jeu, les possibilités sont énormes.

On peut jouer :

  • Une campagne UFO, avec des PJ humains ou Megas sous couverture, plongés dans la guerre secrète contre une espèce extraterrestre, dans un monde qui ignore tout de l’Assemblée Galactique.
  • Une campagne Cosmos 1999, en incarnant les membres de la base Alpha, perdus dans l’espace et le continuum, contraints de négocier, explorer, survivre, sans jamais vraiment comprendre la carte du territoire cosmique.
  • Ou une campagne Mega où les joueurs croisent ces deux réalités, parfois de loin, parfois de près, comme observateurs, comme soutiens discrets, ou comme témoins d’un événement que même la Guilde ne maîtrise pas totalement.

UFO serait alors le temps de la découverte et de la peur. Cosmos 1999, le temps de l’exil et du vertige. Mega, le cadre plus large qui permet de les penser ensemble, non comme un canon unique, mais comme des fragments d’un multivers où certaines humanités, à certains moments, regardent un peu trop loin… et en paient le prix.

Pas besoin de tout relier par un grand plan secret. Pas besoin de transformer les Alphans en élus du Continuum. Juste accepter cette idée simple, profondément rôliste : Dans un multivers, il existe des mondes qui découvrent l’inconnu par une guerre de l’ombre. Et d’autres qui le découvrent en étant arrachés à leur orbite.



Avoir encore plus de SCRiiiPT ?

Abonne-toi pour recevoir nos élucubrations directement dans ta boîte mail, fraîches (ou moisies) selon le jour.

Commentaires

2 réponses à “UFO, Cosmos 1999 et Mega : guerres secrètes et errance lunaire”

  1. Avatar de Yanick RUF
    Yanick RUF

    Je rêvais d’une diffusion d’UFO quand j’étais gosse… C’était une série légendaire que je voulais découvrir….

    1. Avatar de scriiiptor

      là, maintenant, à part les versions qu’on a trouvé sur youtube. Il n’y a pas grand chose. On a vu que les DVD sont hors de prix, vu le niveau de rareté. Et en streaming, pas de trace active non plus.