Alors ça fait bien un moment que ça me trotte de jouer à Stormbringer, ou du moins de jouer dans l’ambiance des romans de Moorcock pour être plus précis. Je ne suis pas spécialiste des jeux de rôle Stormbringer ou Elric. Je ne suis pas non plus un expert de Mournblade, que je connais peu.

Et je ne suis même pas un pro de Michael Moorcock. Pourtant j’ai lu pas mal de choses autour des cycles du Champion Éternel. Je suis juste un lecteur. Et un joueur curieux. Ça paraît peu, mais en fait, c’est déjà beaucoup.
Alors, oui j’ai bien envie d’y jouer dans ce multivers de Moorcock. Mais pas n’importe comment. Dans cet univers littéraire ce qui ne m’intéresse pas vraiment, très franchement, c’est jouer des types un peu chelous, qui invoquent des démons et des élémentaires, dans un monde décadent, juste pour le côté sombre, exotique ou fun… Ça ne m’a jamais vraiment parlé.

Pas parce que c’est mal fait. Pas parce que ça serait illégitime. C’est juste parce que ce n’est pas ce que je lis chez Moorcock. Dans les jeux comme Stormbringer ou Elric cette lecture-là transforme Elric et son univers en une forme de med fan sombre classique, vous savez, le fameux Dark Fantasy, avec : des pouvoirs, des listes de sorts, des pactes, des entités à gérer.
Or moi, c’est précisément ce med fan, même noir, même sale, même “adulte”, sur lequel j’accroche pas beaucoup.
Ce que je lis chez Moorcock ou que ce que je trouve chez Moorcock, ce n’est ni un univers à exploiter, ni un terrain de jeu stable, et à peine un décor pour aventures sombres.

Ce qui j’y vois et que je trouve assez « original » c’est : un multivers instable, des choix impossibles, des camps cosmiques qui mentent, des héros qui ne sont jamais à la hauteur de ce qu’on attend d’eux, et surtout, un monde qui n’est pas fait pour durer.
Le tragique de ce « Tragique Millénaire » n’est pas là pour faire joli. Il est là pour poser des dilemmes qui n’ont pas de bonne réponse.

Alors dans ce cas pourquoi les propositions existantes ne me suffisent pas ? Les jeux dérivés d’Elric, quels qu’ils soient, font un truc très compréhensible : ils rendent tout ça jouable, durable, reproductible. Ces jeux proposent : des personnages centraux, des campagnes possibles, des mécaniques solides, un monde dans lequel on peut rester longtemps.
Et c’est normal. C’est du jeu de rôle.
Mais moi, en tant que lecteur, c’est justement là que je décroche. Parce que l’univers de Moorcock, tel que je le comprends, ne devrait pas être confortable à jouer.
Reprendre Stormbringer ou Elric, mais autrement
Du coup, l’idée qui me travaille, ce n’est pas de chercher un autre jeu miracle. C’est plutôt de dire : et si je reprenais Stormbringer ou Elric, en Basic, mais en jouant contre les réflexes habituels ?
Pas pour bricoler le système à outrance. Pas pour ajouter des règles (à la limite pour simplifier oui). Mais pour changer la façon de construire les scénarios, le type d’intrigues proposées et ce que signifie “réussir” une partie.

Changer l’objectif du jeu
Dans cette approche : on ne cherche pas la montée en puissance, on ne cherche pas la maîtrise, on ne cherche pas à gagner la guerre Loi vs Chaos. On cherche à poser des dilemmes moraux, confronter les personnages à des choix sales, montrer les conséquences, même quand on fait “au mieux”, accepter que certaines choses se terminent mal.
Le cœur du jeu n’est plus : “qu’est-ce que je peux faire ?” Mais plutôt : “qu’est-ce que je suis prêt à sacrifier ?”
Ce n’est pas plus de travail, c’est un autre regard. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce n’est pas forcément plus compliqué, plus long à préparer, plus exigeant en règles (enfin, j’espère).
C’est surtout : refuser les scénarios à objectifs clairs, accepter les zones grises et écrire des situations sans solution propre.
Le tragique ne vient pas du système. Il vient des choix proposés.
Jouer Moorcock comme je le lis ?
Au fond, ce n’est pas une critique des jeux existants. C’est plutôt un constat personnel. Je ne cherche pas à “jouer Elric”. Je cherche à jouer ce que Moorcock me fait ressentir quand je le lis.
Un monde qui s’abîme. Des puissances qui manipulent. Des personnages qui essaient, parfois maladroitement, de ne pas être pires que ce qu’on attend d’eux.
Et si, à la fin, le monde ne tient plus debout, ce n’est pas grave.
C’était peut-être le point depuis le début.

