À chaque sortie d’un gros blockbuster de science-fiction, c’est le même rituel : on nous explique que si t’aimes pas, c’est que t’as rien compris, que c’est important, que c’est un événement, que la SF, c’est ça aujourd’hui. Et franchement ? Non.
Être fan de SF ne devrait pas impliquer d’applaudir n’importe quel produit industriel emballé dans des effets spéciaux sous prétexte que ça se passe dans l’espace ou sur une planète bleue fluo.
La “merde en boîte”, version premium
Prenons Avatar (et sa descendance). C’est beau. Très beau. Trop beau, presque anesthésiant. Mais derrière on a un scénario recyclé, une écologie de carte postale, un colonialisme simplifié jusqu’à la caricature et toujours ce même schéma : un mec blanc, cis, hétéro, venu d’ailleurs, qui comprend mieux que les concerné·es comment sauver leur monde.

Alors, comment dire ? Ben, voilà : C’est pas subversif, C’est pas audacieux. C’est juste confortable.
On te donne l’impression de réfléchir, de t’indigner, d’être du bon côté… sans jamais te demander de remettre en cause quoi que ce soit de réel. C’est de la critique politique sans danger, parfaitement digérée par le marché.
Le problème, ce n’est pas le grand spectacle (en soi)
Soyons clairs : le spectacle n’est pas l’ennemi. La SF a toujours aimé l’ampleur, l’étrangeté, l’excès. Le problème, c’est quand le spectacle écrase le fond, remplace la réflexion par l’émotion facile, recycle des tropes éculés en les vendant comme des révélations.
À ce moment-là, on n’est plus dans la SF comme laboratoire d’idées, mais dans la SF comme produit anesthésiant.
La SF a fait mieux. Beaucoup mieux.
La science-fiction, historiquement, c’est pas ça. C’est : Ursula K. Le Guin qui démonte le genre, le pouvoir et le colonialisme, Octavia Butler qui parle d’oppression sans filtre ni sauveur magique, Philip K. Dick qui te fait douter de la réalité, pas t’y installer confortablement, N.K. Jemisin qui montre que les systèmes injustes ne se réparent pas avec un discours inspirant




La SF littéraire a souvent été radicale, dérangeante, inconfortable. Elle posait des questions. Elle n’apportait pas toujours de réponses. Et certainement pas des happy ends propres.
“Si t’aimes pas, t’es élitiste” (heu,non !)
Refuser d’aimer un blockbuster creux, c’est pas être snob. C’est pas mépriser le public.
C’est refuser qu’on réduise la SF à un parc d’attractions idéologique. On peut aimer :des films accessibles, des récits spectaculaires ou du divertissement pur.
Et en même temps dire : ça, c’est paresseux ; ça, c’est politiquement creux ; ça, on nous l’a déjà vendu dix fois !
La SF mérite mieux que le consensus mou
Le vrai problème, ce n’est pas qu’Avatar existe. C’est qu’on nous le présente comme le sommet du genre, comme s’il n’y avait rien d’autre à voir, lire ou penser. La SF n’a jamais été obligée d’être : rassurante, consensuelle ou calibrée pour plaire à tout le monde.
Et elle est souvent bien plus intéressante quand elle ne l’est pas. Alors non, on n’est pas obligé d’aimer ces films-là. Et non, ça ne fait pas de nous de “mauvais fans de SF” ou des rageux.
Ça fait juste de nous des gens qui se souviennent que la science-fiction peut être plus intelligente que ses produits les plus rentables.

Commentaires
2 réponses à “On n’est pas obligé d’aimer la SF quand elle nous prend pour des cons”
Quand j’ai vu le premier Avatar, je l’ai vu comme un film de geek, pas une fable écolo.
Le héros est un geek qui trouve un échappatoire à sa vie dans un monde virtuel (Pandora) et les deux figures parentales l’empêchent de jouer / vivre une vie rèvée virtuelle.
Au final, ses camarades de guilde le dl dans le jeu et il peut enfin pleinement profiter dexson nouvel avatar.
Voilà, voilà, c’est une autre lecture de l’oeuvre, quoi.
Ah ben oui aussi, finalement. Ça fonctionne aussi. Une autre lecture. C’est vrai que l’utilisation de l’avatar et le changement de corps c’est une option intéressante.