Il y a des séries qui reviennent sous forme de souvenirs par bribes, comme ça, sans prévenir. Un camion noir, une cabine qui se détache pour devenir un hélicoptère, Jane Badler en tailleur strict, et une intro un peu grandiloquente qui promettait un futur proche où « les lois du présent se heurtent aux crimes de demain ». C’est à peu près tout ce qu’il me restait de Police 2000, diffusée sous ce titre en France, et connue ailleurs sous son nom original, The Highwayman.

En creusant un peu, on découvre que je suis pas le seul à avoir ce souvenir flou. Déjà, avec un titre pareil, c’est compliqué de trouver pour de vrai. Mais bon tu cherches “The Highwayman 1987” et c’est déjà pas mal. Sur des forums il y a du monde qui se dit : « c’est dingue qu’on n’en ait jamais vraiment parlé ». Tu m’étonnes, la série a duré neuf épisodes plus un pilote. Rien d’étonnant à ce qu’elle se soit un peu dissoute dans la masse des productions Glen A. Larson des années 1980.

Un fourre-tout assumé

The Highwayman est créée par Glen A. Larson, déjà responsable de Battlestar Galactica et de K 2000 quelques années plus tôt, associé ici à Douglas Heyes. Le pilote est diffusé sur NBC en septembre 1987, suivi d’une série de neuf épisodes hebdomadaires entre mars et mai 1988, avec des changements de casting et de ton assez marqués entre les deux.

Police 2000 (The Highwayman)

Le pitch tient en une phrase : dans un futur proche jamais vraiment défini, des marshals fédéraux surnommés les « Highwaymen » patrouillent les grandes routes américaines à bord de camions bardés de gadgets, pour combler les trous juridiques entre les compétences des polices locales. Le héros, incarné par Sam J. Jones (le Flash Gordon de 1980), n’a même pas de vrai nom : on l’appelle Highway, et c’est tout.

Police 2000 (The Highwayman)

Bon, il est évident qu’on est dans un croisement de Mad Max et K 2000. On peut même aller plus loin et parler de western, technothriller et cyberpunk, avec une pointe de Judge Dredd avant l’heure. Bref, un patchwork de genres assumé, sans grande cohérence interne, mais avec une vraie générosité d’idées.

Police 2000 (The Highwayman)

Le camion

Le vrai personnage de la série, c’est le camion. Celui de Highway est noir, informatisé, avec une cabine en forme de nez d’hélicoptère qui se détache du châssis : un Aérospatiale Gazelle planqué dans un poids lourd. À l’arrière, une Lotus Esprit peut sortir du camion pour les poursuites plus discrètes. Dans le pilote, le véhicule a même un mode furtif qui le rend invisible, une fonctionnalité géniale sur le papier mais jamais utilisée par la suite.

Police 2000 (The Highwayman)

Le camion de Jetto, le second protagoniste qui apparaît dès la série, reprend le même design. Mais il est détruit dès le premier épisode, remplacé par un véhicule différent dont l’avant peut se transformer en voiture. 

Police 2000 (The Highwayman)

Une équipe qui change de visage

Police 2000 (The Highwayman)

Le pilote et la série ne racontent pas tout à fait la même histoire. Dans le pilote, Highway travaille avec Dawn (Claudia Christian) qui lui confie ses missions, et Mister Toto (Stanford Egi), le technicien. Le casting inclut aussi des seconds rôles remarqués, Roddy Piper, Branscombe Richmond, Michael Berryman et Jimmy Smits, jouant d’anciens héros déchus que Highway aide à se refaire une réputation.

Police 2000 (The Highwayman)

À partir de la série régulière, seul Sam Jones reste. Dawn et Toto disparaissent, remplacés par Jetto (Mark « Jacko » Jackson, ancien joueur de football devenu personnalité télé), Tania Winthrop (Jane Badler, alors fraîchement connue pour V) qui devient la supérieure de Highway, et D.C. Montana (Tim Russ, avant Star Trek: Voyager), chargé de la maintenance des véhicules. C’est un changement de cast radical pour une série qui n’a duré qu’une saison.

Un épisode ressort régulièrement des discussions : « Send in the Clones » (« La Parade des clones » en VF), avec Howie Long dans le rôle d’un clone conçu comme super-soldat, dans un registre qui annonce presque Universal Soldier quelques années avant l’heure.

Police 2000 sur TF1 : quelques flous

En France, la série a d’abord été diffusée au début des années 1990 dans l’émission La Une est à vous, avant une rediffusion sur TF1 du 13 mai au 1er juillet 1995. Le souvenir d’une diffusion « le mercredi après-midi sur TF1 » circule sur les forums de fans, ce qui correspond assez bien à cette période de rediffusion plutôt qu’à la première diffusion.

Rétrofuturisme, uchronie, dystopie ? 

Ce qui frappe, en revoyant les quelques images qui circulent encore, c’est à quel point The Highwayman ressemble à ce qu’on appellerait aujourd’hui du rétrofuturisme sans le savoir. La série imagine un futur proche façon 1987, un futur qui ressemble surtout à une extrapolation directe des années Reagan : des camions high-tech, des marshals fédéraux, une Amérique où la loi s’arrête aux frontières des comtés. Avec le recul, ça se lit presque comme une petite dystopie soft, où l’État fédéral a besoin de justiciers en marge du droit ordinaire pour continuer à fonctionner.

Police 2000 (The Highwayman)

C’est aussi une forme d’uchronie discrète : rien n’indique une divergence historique précise, mais le monde de la série n’est clairement pas tout à fait le nôtre, ni tout à fait de la science-fiction assumée. Cet entre-deux, ce refus de choisir vraiment son genre c’est sans doute ce qui a fini par desservir la série commercialement, sauf que c’est exactement ce qui la rend intéressante à regarder depuis une table de jeu de rôle.

Police 2000 (The Highwayman)

Une piste pour Mega 5e Paradigme

C’est là que je me dis qu’il y aurait un truc à faire du côté de Mega 5e Paradigme, en piochant dans son ambiance pour construire un univers parallèle : une Amérique alternative de la fin des années 1980, où des marshals équipés de véhicules expérimentaux patrouillent des zones où le droit fédéral ne s’applique plus vraiment.

Quelques accroches :

  • une organisation fédérale semi-officielle, à la limite de la légalité, qui recrute d’anciens héros déchus plutôt que des agents modèles ;
  • des véhicules ou équipements uniques par personnage joueur, façon camion-hélicoptère, plutôt qu’un arsenal standardisé ;
  • des zones de non-droit routières comme terrain de jeu récurrent, entre western contemporain et technothriller ;
  • des antagonistes eux-mêmes ambigus, anciens collègues ou clones (l’épisode « Send in the Clones » offre une piste toute faite), plutôt que des criminels caricaturaux.

Ce serait un cadre de campagne assez léger à mettre en place, qui doit surtout son charme à cette absence de cohérence stricte entre les genres, western, technothriller, dystopie douce, plutôt qu’à une mécanique particulière.

Pour aller plus loin

Auteur/autrice

  • scriiiptor

    Créateur et animateur passionné de scriiipt.com
    Rôliste depuis des temps immémoriaux (ou presque) et grand amateur d’imaginaire.
    Toujours prêt à explorer de nouveaux mondes, qu’ils soient fantastiques, historiques ou complètement déjantés.



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