C’est la lecture d’un article de Juliette, sur son blog, qui m’a donné envie d’écrire sur les Doors. Riders on the Storm, c’est un de mes morceaux préférés depuis toujours, et en creusant un peu son histoire, j’ai retrouvé tout un tas d’anecdotes que j’avais oubliées. Alors on fait pas dans l’analyse musicologique aujourd’hui, juste un ramassis de trucs étranges autour de cette chanson qui sonne gothique avant même que le mot existe.

Le tonnerre était déjà en boîte

Premier truc que j’adore : l’orage qu’on entend en ouverture, ce grondement qui installe direct l’ambiance, il a pas été enregistré pour la chanson. L’ingénieur du son Bruce Botnick l’avait capté des années plus tôt pour Elektra Records, sans savoir qu’il finirait sur le dernier morceau des Doors. Y’a un côté presque prophétique là-dedans, un son d’orage qui attend patiemment dans les archives son destin de bande-son funèbre.

Un tueur en stop dans les paroles

Les paroles parlent d’un « tueur sur la route », et c’est pas une image en l’air. Morrison fait référence à Billy Cook, un jeune autostoppeur qui a assassiné six personnes en traversant plusieurs États américains au début des années 1950, dont l’histoire avait déjà inspiré un film, The Hitch-Hiker, en 1953.

Et juste à côté de cette référence glaçante, Manzarek a expliqué que d’autres vers du même morceau parlaient de l’amour de Morrison pour sa compagne Pamela Courson. Le grand écart entre le tueur et la déclaration d’amour, dans la même chanson, ça résume assez bien Morrison.

Un murmure qui hante

Le fameux écho chuchoté qu’on entend tout du long, c’est Morrison qui a repris ses propres paroles en murmure, par-dessus sa voix principale déjà enregistrée. Le mixage le noie assez bas, du coup ça se fond dans le grain de la voix plutôt que de ressortir comme une deuxième voix qu’on identifierait clairement.

C’est au casque, en tendant l’oreille, qu’on le perçoit vraiment. C’est probablement le truc le plus flippant et le plus efficace de toute la production de l’album, même quand on ne le remarque pas consciemment.

La dernière chanson, sortie la semaine de sa mort

Riders on the Storm, c’est la dernière chanson enregistrée par les quatre membres des Doors ensemble, et la dernière que Morrison ait posée avant de partir pour Paris. Le single est sorti en juin 1971 et il entre au Billboard Hot 100 la semaine du 3 juillet, exactement la semaine où Morrison meurt. Ce genre de coïncidence, c’est un truc qui fait entrer le morceau dans la légende.

Riders on the storm
Riders on the storm

Into this house we're born
Into this world we're thrown
Like a dog without a bone
An actor out on loan
Riders on the storm

There's a killer on the road
His brain is squirmin' like a toad
Take a long holiday
Let your children play
If you give this man a ride
Sweet family will die
Killer on the road

Girl you gotta love your man
Girl you gotta love your man
Take him by the hand
Make him understand
The world on you depends
Our life will never end
Gotta love your man

Riders on the storm
Riders on the storm

Into this house we're born
Into this world we're thrown
Like a dog without a bone
An actor out on loan

Riders on the storm
Riders on the storm
Riders on the storm
Riders on the storm
Riders on the storm

Un vers qui a fini chez les philosophes

Dernier truc étrange : un des vers de la chanson, celui qui parle d’être « jeté dans ce monde« , a fini par intéresser des philosophes. Morrison avait assisté en 1963 à une conférence universitaire sur Nietzsche et Heidegger, et certains commentateurs ont vu dans ce vers un écho direct à leurs idées.

Le journaliste Simon Critchley s’en est même servi en 2009 dans une chronique du Guardian pour expliquer un concept philosophique compliqué.

Et en Jdr ?

Toute cette ambiance, orage, murmure dédoublé, tueur anonyme sur la route, ça se transpose direct en scénario de Trauma ou de L’Appel de Cthulhu .

Un PNJ auto-stoppeur qu’on hésite à prendre en voiture, mais qu’on prend quand même (grosse erreur), une voix qui se dédouble en écho pour suggérer une possession, un orage qui empêche toute fuite. Pas besoin de forcer, la chanson fait déjà tout le boulot d’ambiance.


Un dernier mot sur le « clip » officiel : Bah, j’aime pas des masses. Et en plus le morceau est amputé de presque 3 minutes.

Auteur/autrice

  • scriiiptor

    Créateur et animateur passionné de scriiipt.com
    Rôliste depuis des temps immémoriaux (ou presque) et grand amateur d’imaginaire.
    Toujours prêt à explorer de nouveaux mondes, qu’ils soient fantastiques, historiques ou complètement déjantés.



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Commentaires

Une réponse à « Riders on the Storm »

  1. Avatar de cora85
    cora85

    J’aime tant ce morceau – les vers du premier couplet sont gravés à jamais en moi…sublimes.

    Merci pour toutes ces informations.

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