un film mal aimé, de bonnes idées à piller pour une partie de jdr
On revient sur une œuvre qui mérite d’être relue avec un regard rôliste. La Pluie du diable (The Devil’s Rain) n’a pas bonne réputation, et on va pas la défendre sur tous les points. Mais il y a dedans de quoi nourrir une campagne de L’Appel de Cthulhu ou d’un autre jeu d’horreur occulte. Alors, attention, comme on part directement dans cet article sur des pistes de jeu de rôle on risque de laisser trainer des spoilers légers (on vous dit pas la fin).
Le film en deux mots

Réalisé en 1975 par Robert Fuest (L’Abominable Docteur Phibes), tourné au Mexique, le film réunit Ernest Borgnine, William Shatner, Tom Skerritt, Ida Lupino et Eddie Albert, avec un tout jeune John Travolta dans un rôle minuscule. Anton LaVey, fondateur de l’Église de Satan, en est le consultant et y apparaît en grand prêtre.

L’histoire : une famille américaine est maudite depuis des générations par un sorcier qu’un ancêtre a trahi. Ce sorcier, Jonathan Corbis, veut récupérer un livre où sont signés les noms de ses fidèles, et il s’est installé avec sa secte dans une ville fantôme du désert, autour d’une chapelle étrange.

Le film est confus, Borgnine cabotine, le final s’éternise : le critique Roger Ebert lui a donné une étoile et demie sur quatre. Il a pourtant remporté le prix des effets spéciaux au Festival du film fantastique de Paris en 1977, et ses décors et son ambiance trouvent encore des défenseurs.

Ce qu’on peut récupérer
Le livre de signatures. Un registre où chaque nom signé enchaîne une âme : c’est un objet de scénario idéal, qui se cherche, se vole, se consulte, et dont le contenu peut changer sous les yeux des joueurs.

La malédiction à retrouver dans les archives. Une lignée frappée de morts atroces depuis des siècles, c’est une enquête généalogique classique à la Cthulhu : registres paroissiaux, minutes de procès, lettres de famille, etc… % en Bibliothèque !

Le lieu. Un village abandonné dans le désert avec, en plein milieu, une chapelle de Nouvelle-Angleterre : qui l’a transportée là, et pourquoi ?
La bouteille. La « pluie du diable » du titre est un réceptacle d’âmes. On peut le garder, le voler, le briser, et surtout hésiter : si l’adversaire affirme que le briser condamne à jamais celui qu’on veut sauver, qui croire ?

Les sectateurs sans yeux. Une image immédiate, facile à décrire, très efficace au moment où l’un des siens bascule.

L’équipe de chercheurs. Eddie Albert joue un chercheur en phénomènes psychiques, et le film mélange parapsychologie, magie noire et malédictions de sorcellerie, comme dans les années 1970. De quoi lancer une campagne avec de petits parapsychologues, à la fois universitaires et bricoleurs.
Diable ou Mythe ?
Le livre, les signatures et la pluie fonctionnent très bien avec le Diable : un pacte, une dette, un marché, c’est son terrain. Les transposer au Mythe est plus délicat, parce que les entités de L’Appel de Cthulhu ne font pas de contrats, elles sont indifférentes. Deux voies, donc.
Version diabolique. On assume les années 1970 et le satanisme de cinéma : secte, rituels, parapsychologues, shérif sceptique. C’est direct, et ça fonctionne tel quel.

Version Mythe. C’est plus risqué, mais ça pourrait être très surprenant. Piste : la secte croit avoir passé un marché, et c’est peut-être elle seule qui y croit. Le livre n’est plus un contrat, c’est une liste de noms que quelque chose, là-bas, a fini par remarquer. La bouteille devient un artefact qui conserve ce que l’entité n’a pas encore avalé. L’horreur ne vient plus de la trahison d’un pacte, mais de l’absence de pacte : les signatures n’engagent personne, sauf ceux qui les ont données.
Deux amorces
La lignée. Une femme hérite d’un domaine et de papiers de famille. Trois cousins sont morts en dix ans dans des circonstances qui se ressemblent, et le dernier a laissé une lettre qui parle d’un livre. L’enquête mène à un village abandonné où une chapelle ne devrait pas se trouver.
Le registre. Une équipe de chercheurs reçoit le témoignage d’un homme qui jure avoir vu son frère fondre. Le shérif ne veut rien savoir. Dans une chapelle déplacée, un livre contient un nom qui n’y était pas la veille, et c’est celui d’un des investigateurs.
Ce qu’on laisserait
Le film ouvre en pleine action sans expliquer les enjeux : c’est une bonne idée de scène d’ouverture, mais à condition de donner aux joueurs un objectif clair et de ne pas leur faire attendre une heure pour savoir pourquoi ils courent. On évitera aussi de transformer l’adversaire en caricature : le sorcier calme et courtois fonctionne très bien.



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