« Il ne peut en rester qu’un. »

Peu de phrases issues du cinéma fantastique ont laissé une trace aussi durable. Highlander est un objet culturel un peu étrange. Un film devenu culte, une série télé qui a prolongé l’univers pendant six saisons, une poignée de suites plus ou moins catastrophiques… et, au final, un terrain de jeu assez fascinant pour les rôlistes.

Retour sur une saga parfois chaotique, mais qui continue de faire fonctionner l’imagination.

La série Highlander (1992–1998)

Quand la série arrive au début des années 1990, l’idée est assez simple. On ne suit plus Connor MacLeod, héros du film de 1986, mais Duncan MacLeod, un autre immortel issu du même clan.

Duncan est interprété par Adrian Paul. Il vit dans le monde moderne, mais comme tous les immortels, son existence s’étend sur plusieurs siècles. La série joue beaucoup sur cette idée. Les épisodes alternent entre une intrigue contemporaine et des retours dans le passé.

Cette structure devient rapidement l’une des forces du programme.

Un duel au XXe siècle peut trouver son origine très loin dans l’Histoire. Parfois dans l’Écosse du XVIIe siècle, parfois pendant la Révolution française, parfois dans le Japon féodal ou encore pendant la Seconde Guerre mondiale. Chaque immortel transporte avec lui une accumulation de vies, d’erreurs, d’alliances et de trahisons.

La série introduit aussi une idée très efficace : les Guetteurs. Une organisation secrète d’humains qui observe les immortels depuis des siècles et archive leurs actions. Ils surveillent, enregistrent, classent… mais n’interviennent pas. En tout cas, en théorie.

Pour une série fantastique des années 1990, c’est une trouvaille narrative très solide.

Oui, ça a peut-être un peu vieilli

Il faut être honnête. Certains aspects de la série portent clairement la marque de leur époque. Certaines scènes d’action paraissent aujourd’hui un peu raides, les effets spéciaux ne font pas toujours illusion, et quelques épisodes suivent des schémas très typiques de la télévision des années 1990.

Les musiques et certains choix esthétiques trahissent aussi l’époque.

Mais malgré tout, la série tient plutôt bien.

La raison est simple. Son cœur n’est pas l’action. Highlander parle surtout de mémoire, de durée et de perte. Duncan MacLeod voit vieillir et mourir les gens qu’il aime. Il traîne derrière lui les conséquences de décisions prises parfois plusieurs siècles plus tôt.

Ce genre de thème vieillit beaucoup moins vite que les effets spéciaux.

La saga des films

Il faut bien le dire : le premier film reste de loin le meilleur.

Sorti en 1986 et réalisé par Russell Mulcahy, il raconte l’histoire de Connor MacLeod, immortel écossais né au XVIe siècle. Christopher Lambert incarne MacLeod, Sean Connery joue son mentor Ramirez, et Clancy Brown incarne un adversaire mémorable, le Kurgan.

Le film mélange plusieurs éléments qui fonctionnent parfaitement ensemble : des combats à l’épée dans un décor contemporain, une romance tragique, une mythologie simple mais efficace et une bande originale de Queen qui participe largement à l’ambiance.

Malheureusement, la suite de la saga cinéma est plus compliquée.

Highlander II (1991) est souvent cité comme l’un des grands accidents industriels du cinéma fantastique. Le film tente de réécrire l’origine des immortels avec une histoire d’exil extraterrestre et de dystopie futuriste. Le résultat est confus et largement rejeté par les fans.

Highlander III (1994) essaye de revenir au concept du premier film, mais sans retrouver sa force.

Quant à Highlander: Endgame (2000), il tente de réunir Connor et Duncan MacLeod en mêlant la continuité des films et celle de la série. L’idée était séduisante. L’exécution l’est beaucoup moins.

Au final, à part le premier film, la saga cinéma ressemble surtout à une belle collection de nanars plus ou moins sympathiques.

Et c’est paradoxalement la série télé qui a sauvé l’univers en lui donnant de l’épaisseur.

Highlander et le jeu de rôle

Pendant très longtemps, il n’a existé aucun jeu de rôle officiel Highlander. Les rôlistes ont donc fait ce qu’ils savent faire depuis toujours : bricoler leurs propres adaptations.

On trouve sur internet plusieurs tentatives : des adaptations d20, des versions utilisant Savage Worlds, des systèmes entièrement maison.

Certains de ces projets sont assez solides, mais ils restent évidemment non officiels.

La situation a changé récemment avec Highlander: Cinematic Adventure, un supplément publié pour le système Everyday Heroes. C’est la première adaptation officiellement licenciée de l’univers en jeu de rôle.

Highlander est un TTRPG Cinematic Adventure™ compatible 5E, sous licence officielle, se déroulant dans l’univers du film et conçu pour être utilisé avec le jeu de rôle Everyday Heroes™.

Mais dans la pratique, beaucoup de tables continuent simplement d’adapter un système existant.

Et même Simulacres

Dans la sphère rôliste francophone, on trouve aussi de petites tentatives avec Simulacres.

Casus Belli n°98 (octobre 1996)

Quelques règles suffisent pour faire fonctionner le concept : les immortels ne meurent pas sauf décapitation, le vainqueur d’un duel récupère l’énergie de son adversaire, les personnages accumulent des siècles d’expérience.

Simulacres étant volontairement très léger, ce genre d’adaptation fonctionne étonnamment bien. Pas besoin de mécanique complexe. Quelques ajustements suffisent à reproduire l’essentiel de l’univers.

Les aspects ludiques intéressants

Au fond, Highlander ressemble déjà beaucoup à un scénario de jeu de rôle.

La structure narrative est presque parfaite. Un immortel arrive dans une ville. Un ancien rival refait surface. Un flashback révèle ce qui s’est passé des siècles auparavant. Et le duel final décide de l’issue.

Mais ce qui rend l’univers vraiment intéressant, c’est la longue durée.

Jouer un immortel signifie jouer quelqu’un qui a traversé plusieurs siècles. Quelqu’un qui a vécu plusieurs identités, plusieurs époques, plusieurs histoires d’amour et plusieurs vies entières.

On retrouve quelque chose de très proche dans d’autres univers rôlistes. Les vampires anciens dans les jeux du Monde des Ténèbres. Les Nephilim qui se réincarnent à travers l’Histoire. Certains personnages extrêmement anciens dans certaines campagnes de fantasy.

Dans tous ces cas, la question n’est pas seulement la puissance.

C’est le poids du passé.

Un ennemi rencontré aujourd’hui peut être quelqu’un que votre personnage a trahi il y a trois cents ans. Un duel peut être la conclusion d’une rivalité commencée à la Renaissance.

Et parfois, le plus troublant n’est même pas l’ennemi.

C’est de découvrir qu’on ne se souvient plus exactement de ce qui s’est passé.

Parce qu’après plusieurs siècles, même les immortels finissent par oublier.



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Commentaires

3 réponses à “Highlander : immortels, séries télé et idées de jeu de rôle”

  1. Avatar de Justin Busch

    Je suis peut-être le seul au monde, mais Highlander 2 est mon préféré des films !

    1. Avatar de scriiiptor

      Après tout dépend de la version.
      Il y a plusieurs montages différents du film.
      Et quand même Michael Ironside est toujours bien.

  2. Avatar de Patatedestenebres

    J’attends toujours que des clients me commandent une session découverte du jeu de rôle avec Highlander, je leur proposerai alors Higlander 2 et ses incohérences scénaristiques toutes les trois minutes, ça devrait surprendre. Mais il est clair que globalement, la franchise cinéma est un énorme ratage, même le premier s’est planté, et seule la vhs a fait remonter le film dans l’estime du public. Je garde de bons souvenirs de la série, ringarde à souhait, mais avec quelques bons petits twists dedans. Elle me fait souvent penser à Stargate SG1, c’est naze à tous les niveaux, mais il y a malgré tout un petit truc attachant.