Bon, voualà, la saison 5 de Stranger Things se clôt et on regarde du coté de D&D, parce que mine de rien ça nous a redonné un brin de nostalgie… sauf, qu’il y a quelques gros « Mais » dans le truc.

Et oui, en effet en regardant Stranger Things, on se dit parfois que le jeu de rôle D&D, dans les années 80, avait quelque chose de plus intense. Plus vivant. Plus viscéral. Les dés claquent, les joueurs crient, le MJ décrit la mort d’un personnage comme un moment tragique. Tout le monde est à fond. On se surprend presque à se dire : “Voilà. C’est ça, le vrai D&D que je veux jouer !

Euh, qui se souvient d’être costumé comme ça en tant que MJ de D&D ?

Sauf que, pour beaucoup d’entre nous, les souvenirs réels sont moins flamboyants que ça.

Alors, un peu d’honnêteté, les vieilles éditions de Donjons et Dragons n’étaient pas spécialement conçues pour produire ce genre d’immersion émotionnelle. Elles étaient souvent techniques, parfois abruptes, parfois injustes. On mourait vite sauf si on trichait avec l’aide du DM. On calculait beaucoup par moment. On discutait longtemps pour savoir si telle règle s’appliquait ou non (souvent). L’incarnation des personnages existait, bien sûr, mais elle n’était ni systématique ni encouragée par les règles. Souvent, on jouait “correctement” avant de jouer “intensément”.

La série Stranger Things, elle, montre autre chose. Elle montre la partie dont on aurait aimé se souvenir.

Il faut accepter que Stranger Things triche. Pas méchamment. Cinématographiquement. Elle coupe les temps morts. Elle enlève les feuilletages de bouquins. Elle ne montre pas les hésitations gênées, les blancs, les discussions hors-jeu qui cassent le rythme. Elle montre la quintessence. Le moment où tout s’aligne. Le bon soir. Le bon groupe. Le bon Maitre de Jeu.

Et surtout, elle montre des meneurs exceptionnels. Mike ou Eddie racontent, improvisent, donnent de l’ampleur aux enjeux. Ils jouent sur les émotions, pas seulement sur les règles. Dans les années 80, ce genre de maîtrise existait, mais elle n’était ni généralisée ni valorisée comme aujourd’hui. Beaucoup de tables n’avaient pas les codes pour ça, ni même l’idée que c’était souhaitable.

C’est là que le paradoxe devient intéressant.

Aujourd’hui, on serait sans doute plus capables de faire vivre ces vieilles éditions de manière intense qu’on ne l’était à l’époque. On a appris à privilégier la fiction. On sait parler en personnage sans se sentir ridicule. On accepte que le MJ ajuste, coupe, accélère. On a intégré des pratiques venues d’autres jeux, d’autres courants, parfois même sans s’en rendre compte.

Mais ça ne va pas de soi.

Les premiers systèmes de D&D ne portent pas naturellement ce type de jeu. Ils ne récompensent pas l’implication émotionnelle. Ils ne protègent pas le rythme. Ils demandent un vrai effort conscient pour devenir autre chose que ce qu’ils étaient à l’origine. Pour “jouer comme dans la série”, il faut souvent jouer à côté des règles, ou contre elles, avec bienveillance.

Et c’est peut-être là la vraie leçon.

Stranger Things ne dit pas que le jeu de rôle était meilleur avant, d’ailleurs il cause de Donjons & Dragons, pas du jeu de rôle en général. la série dit que l’on se souvient surtout des rares moments magiques. Ceux qui marquent. Ceux qu’on raconte vingt ans plus tard. Pas la moyenne.

Pas l’ordinaire. Pas les parties laborieuses.

Rejouer une ancienne édition ne recréera pas automatiquement cette magie. Ce qu’il faudrait rejouer, en réalité, c’est un état d’esprit. Une disponibilité totale. Une confiance autour de la table. Le droit d’y croire très fort, sans distance ironique.

Et ça, aucune boîte, ancienne ou moderne, ne peut le garantir.



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Commentaires

2 réponses à “Rejouer à D&D comme dans Stranger Things ?”

  1. Avatar de Princecranoir

    Mon donjon et les dragons à moi s’appelaient L’Oeil Noir, avec ses volumes de descriptions assez épais (héritage du « livre dont vous êtes le héros ») nous incitant à jouer beaucoup sur l’ambiance, tout en ayant le regard rivé sur le dé 20.
    Par contre, pas de souvenir d’être attifé de la sorte pour mener une séance, c’est vrai. On aura attendu de participer au traditionnel GN d’été !

    1. Avatar de scriiiptor

      Arf oui, pareil un peu. Beaucoup joué à l’oeil Noir, mais très très peu de souvenir d’une ambiance particulière. C’est venu plus tard, dans les années 90.
      Et oui, le costume du DM, je me demande bien d’où ça sort.