Nous avons causé de la série TV Xena ? Alors il était temps de chroniquer Hercules & Xena, le jeu de rôle. Non pas pour « exhumer un classique oublié » ni même pour défendre une œuvre injustement méprisée. Non, l’idée c’est plutôt revenir sur une curiosité très marquée par son époque, issue d’une licence télé culte sans être sacrée, et qui a surtout laissé un souvenir diffus, sympathique, parfois un peu flou, chez celles et ceux qui l’ont croisée.

Hercules & Xena Roleplaying Game

On parle bien du Hercules & Xena Roleplaying Game, publié en 1998 par West End Games, au moment où Hercules: The Legendary Journeys et Xena: Warrior Princess sont encore bien vivantes dans les mémoires, les magnétoscopes et les après-midis TV.

Le jeu sort en boîte, avec livre du joueur, livre du MJ, dés, fiches, et cette esthétique parchemin-photo typiquement fin des années 90.

Hercules & Xena Roleplaying Game

Déjà, un point que le web a souvent rappelé, parfois à tort : ce n’est pas un D6 “classique” façon Star Wars. Oui, West End Games est derrière, mais ici on est sur un système allégé, bricolé pour l’action héroïque, le rythme télévisuel, et surtout pour que ça tourne vite autour d’une table. Pas pour simuler l’Antiquité, pas pour faire de l’archéologie ludique, pas pour expliquer comment fonctionnait vraiment une phalange grecque.

Et c’est là que parfois on se plante dans la critique du jeu.

Le jeu assume totalement la logique de la série. Un monde antique fantasmé, incohérent, anachronique, où les Amazones croisent des marchands véreux, des dieux capricieux, des tyrans en cuir noir et des monstres façon « Monster of the week« . Le livre du MJ le dit sans détour : une partie, c’est un épisode. Avec un rythme, des scènes marquées, un conflit central, et une résolution qui peut être morale autant que physique.

Hercules & Xena Roleplaying Game

En parcourant le web anglophone, on tombe assez vite sur l’idée que Hercules & Xena serait un jeu “trop dirigiste”. Ce n’est pas faux, mais c’est souvent dit comme un reproche abstrait, sans vraiment regarder ce que le jeu cherche à faire. Ici, le MJ n’est clairement pas pensé comme un adversaire ni comme un arbitre neutre. Il est là pour cadrer, rythmer, maintenir le ton et mettre les personnages en valeur. Le jeu ne cherche pas à piéger les joueurs, ni à tester leur finesse tactique. Il favorise les décisions héroïques, les coups d’éclat, les retournements rapides. On peut jouer un personnage lâche, cynique ou moralement discutable, mais le système rappelle constamment que ce n’est pas le cœur de la proposition. Le monde est construit pour valoriser l’héroïsme, pas pour le déconstruire.

Côté personnages, le jeu repose sur un nombre restreint d’archétypes très typés, directement issus de la série : Amazone, Archer, Gladiateur, Soigneur, Voleur.

Ce ne sont pas des classes au sens technique du terme, mais des cadres héroïques larges, pensés pour être immédiatement jouables. Ils définissent surtout une posture dans la fiction, pas une spécialisation fine.

Le jeu permet de colorer ces archétypes par l’historique, les convictions ou les dilemmes moraux, mais il ne cherche pas à représenter une diversité de rôles sociaux. On joue des figures d’action, proches des héros et des seconds rôles de la série, pas des personnages ancrés dans des fonctions économiques ou politiques. Les codes et motivations servent à donner une colonne vertébrale morale aux personnages, plus qu’à produire des mécaniques complexes.

Au passage on notera que la feuille de perso est pas évidente à récupérer

Autre critique fréquente en ligne : la légèreté du système. Là encore, le constat est juste, mais la conclusion dépend de ce qu’on attend du jeu. Hercules & Xena n’est pas un jeu de simulation. Les combats sont rapides, parfois expéditifs, clairement pensés pour être spectaculaires plutôt que tactiques. On improvise, on renverse des adversaires, on enchaîne les actions sans s’attarder sur le détail. Si l’on cherche un affrontement finement calibré ou une gestion précise des ressources, le jeu déçoit. Si l’on accepte une logique d’épisode télé, où une scène peut tout faire basculer en quelques minutes, alors le système remplit son rôle.

Hercules & Xena Roleplaying Game

Là où le jeu est effectivement plus fragile, et où les critiques sont souvent pertinentes, c’est dans sa dépendance totale au matériau télévisuel. Sans une bonne connaissance de l’ambiance Hercules et Xena, sans l’acceptation de ce mélange de sérieux, de naïveté et de second degré, la proposition peut rapidement paraître creuse.

Ce n’est pas un bac à sable antique, ni un cadre générique réutilisable facilement. C’est un univers très cadré culturellement, avec ses codes, ses limites et ses angles morts.

Hercules & Xena Roleplaying Game
Les dés spéciaux du jeu, quand on vous dit que c’est du D6 simplifié.

Avec le recul, c’est pourtant aussi ce qui fait sa cohérence. Là où beaucoup de jeux sous licence se contentent de plaquer un univers sur un système générique, Hercules & Xena cherche avant tout à prolonger l’expérience de la série autour de la table. Il ne cherche pas à la corriger, ni à la complexifier artificiellement. Il en accepte les règles implicites et les reproduit.

En 2026, ce n’est évidemment pas un jeu moderne. Mais ce n’est pas non plus un jeu obsolète au sens où il aurait trahi sa promesse. C’est un jeu imparfait, limité, très situé dans son époque, mais honnête sur ce qu’il propose. Et dans un paysage rôliste souvent obsédé par la performance mécanique et la sur-explication, il a au moins cette qualité rare : il ne demande pas d’y croire. Il demande juste de jouer dans son ton.

Truc introuvable désormais, mais ce serait sympa aussi de jouer avec les figurines de Hercules et Xena


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Commentaires

2 réponses à “Hercules & Xena Roleplaying Game”

  1. Avatar de etienne Cetaire

    « esthétique parchemin-photo typiquement fin des années 90. »
    Mon Dieu que c’est vrai, mais je ne sais plus trop quand cela à changé…

  2. Avatar de Justin Busch

    Rien qu’en voyant la couverture avec Kevin Sorbo et Lucy Lawless, j’ai l’impression d’être de retour à la fac pendant les années 90 !