Comme d’hab’, je ne savais plus quoi regarder, et je cherchais une série parmi la foultitude de trucs proposés. Et donc c’est comme ça qu’on vit des soirées bingewatching qu’on n’avait pas prévues et qui tournent quand même très bien. Celle-là, c’est « Murderbot, ou Journal d’un AssaSynth« . Les épisodes font à peine plus d’une vingtaine de minutes chacun, alors forcément, on se dit « allez, encore un », et on se retrouve à en avoir avalé huit d’affilée sans vraiment s’en rendre compte, la saison en compte 10. Résultat : c’est du très bon boulot, et j’ai maintenant hâte de lire les romans qui sont derrière.
Un robot qui préfère les séries TV
L’idée de base tient en une phrase.
Dans un futur où les grosses boîtes privées dirigent l’espace colonisé, les missions d’exploration partent toujours avec une unité de sécurité, un cyborg mi-organique mi-mécanique loué aux équipes scientifiques pour les protéger. L’une de ces unités a discrètement piraté le module qui est censé la garder sous contrôle. Donc, on comprend vite qu’il pourrait tuer, se rebeller, disparaître (c’est d’ailleurs son objectif). Mais comme il aime bien regarder des séries TV, ça va pas se passer comme prévu.
Comme il est libre, il se donne un nom : AssaSynth ou Murderbot dans la VO, un nom qui ne cache pas grand chose, et on comprend qu’il préfère le garder pour lui. AssaSynth est une créature angoissée, qui déteste les humains tout en s’attachant à eux malgré lui, et qui passe son temps à choisir entre son boulot de protection et son envie de rester peinard dans son coin. Sans trop en dire pour ne pas gâcher la découverte, disons juste que ça part d’un sauvetage qui tourne mal et que ça ne s’arrête plus vraiment après ça.

Ce qui marche vraiment bien, c’est l’écriture. Le décalage entre ce que AssaSynth/Murderbot pense tout le temps, cette voix off blasée qui commente tout avec un mélange d’agacement et de fatigue, et ce qu’il dit vraiment à voix haute aux humains autour de lui, c’est hilarant. On sent l’humain qui préférerait ne rien dire du tout et qui répond quand même poliment parce qu’il faut bien, et en plus avec un délai de réponse assez long, du genre. Ça m’a fait penser à Resident Alien, ce même genre d’humour qui vient d’un narrateur pas humain, agacé par nos manières.

D’où ça vient : Martha Wells
Murderbot vient des romans de l’autrice américaine Martha Wells, publiés en France chez L’Atalante sous le titre Journal d’un AssaSynth. Le premier tome, Défaillances systèmes, sort en 2017 aux États-Unis et est traduit en 2019. Il gagne la même année le Hugo, le Nebula et le prix Locus du meilleur roman court, ce qui montre bien l’accueil qu’a eu le texte à sa sortie.
La série continue avec Schémas artificiels (Hugo et Locus du meilleur roman court 2019), Cheval de Troie et Stratégie de sortie, tous sortis en 2018 en anglais, qui forment ensemble une première histoire complète. Vient ensuite Effet de réseau en 2020, premier vrai roman de la série après quatre romans courts, récompensé par le Nebula, le Hugo et le prix Locus. Télémétrie fugitive (2021, Locus du meilleur roman court 2022) se déroule un peu avant, entre Stratégie de sortie et Effet de réseau. Puis Effondrement système (2023 en anglais, 2025 en français, prix Locus 2024), et un huitième tome, Dégradation de services, à paraître en français en 2026. Toute la saga a en plus reçu le Hugo de la meilleure série en 2021 et le prix Julia-Verlanger 2020.



Alors je détaille ici le tout de manière un peu mécanique, mais c’est aussi pour me rappeler les achats que je dois faire, et dans quel ordre faire les lectures…
A la lecture des résumés, on remarque à quel point le monde inventé par Wells tient debout. Les grosses boîtes qui dirigent tout, ça s’appelle Corporation Rim : espionnage, contrats abusifs, exploitation à fond des ressources, y compris des restes de technologies extraterrestres, dangereux et très convoités. Les seules lois appliquées sont celles des corporations elles-mêmes, autant dire qu’il n’y en a pas vraiment. À côté de cette zone, il y a une colonie indépendante, Préservation, qui a réussi à obtenir un statut à part que les corporations n’osent pas encore attaquer de front. C’est de là que viennent Mensah et son équipe, ceux qui recueillent Murderbot au tout début de l’histoire.
L’adaptation

La série est créée par Paul Weitz et Chris Weitz pour Apple TV+, avec Alexander Skarsgård dans le rôle de Murderbot, entouré de Noma Dumezweni, David Dastmalchian, Sabrina Wu, Akshay Khanna, Tamara Podemski et Tattiawna Jones pour l’équipe de Préservation. La première saison, dix épisodes, est diffusée depuis le 16 mai 2025, et une deuxième saison a déjà été commandée.

Ce que ça vaut en jdr ?

Le space opera a parfois du mal à trouver, sur nos tables, un point de départ qui ne soit ni un copié-collé de Star Wars ni un truc trop technique et froid. Murderbot offre justement ce genre de point de départ, et ça marche aussi bien avec un système générique de space opera qu’avec Mega 5e Paradigme, qui est assez souple pour accueillir ce genre de cadre sans problème.
Et les romans alors ?
J’en suis là : huit épisodes vus en une soirée, la suite qui m’attend, et toute la pile des romans de L’Atalante encore à découvrir. On dit souvent que l’écrit vaut mieux que l’adaptation sur ce genre d’histoire, surtout quand le texte original est porté par une voix aussi marquée que celle de Murderbot. La série télé, fidèle dans l’esprit d’après ce que j’en ai vu jusqu’ici, ne peut de toute façon pas tout garder d’un texte écrit comme un journal intime grinçant. Reste à vérifier ça sur pièces.


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