Raymond Rouleau
On se trompe souvent de film quand on parle des Sorcières de Salem. Celui de 1957 n’a rien d’un récit occulte, ni d’une relecture fantastique des événements de 1692. Il ne montre ni magie, ni pouvoirs surnaturels, ni sorcières réelles. Et c’est précisément ce qui fait son intérêt.
Le film est l’adaptation de la pièce The Crucible d’Arthur Miller, écrite en 1953. Miller s’appuie sur les procès de Salem pour parler de son présent, celui de l’Amérique maccarthyste. Accusations sans preuves, aveux exigés, dénonciations en chaîne, pression morale et religieuse. Salem devient une mécanique, pas une légende.

Raymond Rouleau respecte ce cadre. La mise en scène est volontairement austère. Un soupçon d’effet fantastique et un peu d’ambiguïté surnaturelle quand Abigail Williams entraine les autres dans un Sabbat et dans son mensonge. Des jeunes filles accusatrices mentent ou s’enferment dans leur propre folie. Les juges ne luttent pas contre un mal invisible, ils appliquent une idéologie. La religion structure tout le récit, mais jamais comme une vérité divine, toujours comme un outil de contrôle.

C’est un point essentiel : le film ne suggère à aucun moment que les accusées pourraient être coupables. La sorcellerie n’est jamais présentée comme une hypothèse crédible.
Elle n’existe que comme accusation, comme arme sociale. La violence vient des hommes, des institutions, et de leur besoin de désigner des coupables pour préserver un ordre moral.

En cela, Les Sorcières de Salem se distingue radicalement de nombreuses œuvres ultérieures. Là où beaucoup de films ou de séries choisissent de rendre la sorcellerie réelle, le film de 1957 refuse cette facilité narrative.
Il ne déplace pas l’horreur vers le surnaturel. Il la laisse là où elle est historiquement documentée : dans la justice, dans la peur collective, dans la répression.
Ce n’est donc pas un film sur les sorcières.
C’est un film sur la persécution.
Et c’est sans doute pour cela qu’il reste encore inconfortable aujourd’hui.









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