Ça vous est déjà arrivé de tomber sur une série un peu par hasard, en zappant ? Et puis que ça finisse par s’imposer bien plus tard, quand on la revoit dans l’ordre et qu’on apprécie au final ce qu’on avait raté. En gros, c’est ce qui m’est arrivé avec la série L’Art du crime.

C’est une série diffusée sur France 2 depuis 2017, je l’avais vue au moment de sa sortie, puis de temps à autre un ou deux épisodes, peut-être même dans le désordre, et de manière très espacée.

Et puis récemment j’ai tout revu (rhaaaa !!! oui, le streaming). Résultat : c’est du très bon boulot, et j’trouve que ça mérite un mot ici, parce qu’une série (française de surcroît) grand public qui tient la distance sur neuf saisons sans me lasser, c’est rare alors je le signale (et hop un article pour le signaler).

Le principe : un duo, un tableau, un macchabée

L’Art du crime donc : la série suit Antoine Verlay (Nicolas Gob), un capitaine de police issu de la brigade criminelle, et Florence Chassagne (Éléonore Bernheim), historienne de l’art à l’École du Louvre. Tous les deux enquêtent au sein de l’Office central de lutte contre le trafic des biens culturels, l’OCBC, sous l’autorité (parfois tout relative) du commandant Alexandre Pardo (Benjamin Egner). Chaque enquête tourne autour d’une œuvre d’art précise : un tableau volé, une signature contestée, un détail ou une mise en scène du crime et qui cache un secret.

L’OCBC c’est l’Office central de lutte contre le trafic des biens culturels (le truc date de 1975 et ça a changé de nom plusieurs fois). Dans la vraie vie, cet office s’occupe des affaires de vol, de recel, de faux et de blanchiment liés aux biens culturels, etc. Sauf qu’ici dans la série, ils enquêtent aussi sur des meurtres liés à l’art… (oui, c’est comme ça !)

Le duo Verlay/Chassagne fonctionne sur une mécanique assez classique, celle du flic pragmatique et sceptique (parfois un peu bas de plafond) confronté à la spécialiste passionnée, intello qui voit du sens à l’art partout. Ça fonctionne bien parce que les deux acteurs jouent juste. Verlay ne connaît rien à l’art et s’en fiche au départ, Chassagne est brillante mais totalement perchée, et le duo se construit sur la durée avec la romance parfois complètement barrée, parfois comique, parfois tragique. C’est dosé même si c’est hors sol par moment, c’est quand même drôle et attachant.

Des vrais décors qui en jettent

Ce qui frappe, c’est le soin apporté aux décors. La série est tournée en décors naturels (châteaux et musées en premier lieu). Le Louvre revient régulièrement, les écoles d’art aussi, et plus la série avance, plus elle multiplie les lieux de patrimoine culturel (Versailles, l’Opéra, ou même des sites liés aux artistes eux-mêmes).

Y’a un vrai travail de repérage derrière, et ça se sent à l’écran : les enquêtes ne se contentent pas d’un décor de studio vaguement reconstitué, elles s’appuient sur des lieux réels chargés d’histoire, ce qui donne à chaque affaire une épaisseur qu’on n’a pas toujours dans le polar télé made in US.

Le petit truc en plus : les visions

Là où ils ont été malins, c’est sur le « truc » du personnage de Florence : quand elle étudie un tableau, elle a des visions et elle discute carrément avec les peintres ! Tu vois débarquer Léonard de Vinci ou Watteau en vrai à l’écran, qui taillent la bavette avec elle. Ça évite le côté « cours de fac assommant » et ça donne un ton un peu décalé hyper sympa.

D’ailleurs, la matière historique est super bien documentée. Tout est vrai (enfin, suffisamment vrai) : les œuvres, les techniques, les contextes de spoliation… Je vous avoue que plus d’une fois, j’avais mon smartphone à la main en train de vérifier sur Wikipédia tellement ça me passionnait.

Le ton : humour, romance, juste ce qu’il faut

La série trouve un équilibre entre humour et émotion. Y’a de la tension romantique entre les deux personnages principaux (et c’est rien de le dire), étalée sur plusieurs saisons sans jamais que ça soit complètement résolu, y’a de l’humour dans les dialogues, les situations et dans les seconds rôles, et y’a suffisamment de vrais enjeux dramatiques pour que ça ne reste pas qu’une comédie policière légère.

Il faut noter aussi que le format a évolué avec le temps : les deux premières saisons proposaient trois enquêtes de deux épisodes de 52 minutes chacune, puis à partir de la saison 3 la série est passée à deux enquêtes de 90 minutes, c’est un format de long métrage, et c’est vraiment pas mal du tout.

Des pistes rôlistes évidentes

Pour qui joue ou fait jouer, le concept de L’Art du crime est une mine d’or. Le duo enquêteur/spécialiste appliqué à l’histoire de l’art pourrait tout à fait coller à des systèmes d’enquête comme Trauma, où une petite équipe mélange compétences policières et expertises pointues, ou à Chroniques Oubliées Contemporain pour une campagne urbaine et culturelle.

L’Appel de Cthulhu s’y prête aussi très bien, en glissant un soupçon de surnaturel (une malédiction liée à une œuvre plutôt qu’une simple contrefaçon, par exemple)…

Encadré

le cas Nephilim Légendes

Y’a un jeu qui mérite un paragraphe à part : Nephilim Légendes. Pas de fantastique forcé ici, mais le postulat du jeu, ces sociétés secrètes occultes qui s’affrontent depuis des siècles autour d’objets et de lieux chargés de sens, colle incroyablement bien avec ce que raconte L’Art du crime.

Une œuvre disparue depuis des décennies (voire même des siècles), recherchée par des collectionneurs prêts à débourser des fortunes ou carrément à tuer pour la récupérer, un symbole caché dans un tableau qui n’a de sens que pour qui sait le lire, c’est exactement le genre de matériau qu’un MJ de Nephilim peut récupérer tel quel.

Le tableau devient une relique convoitée, le collectionneur un rival occulte parmi d’autres, et le code caché une clé vers un secret bien plus ancien que l’œuvre elle-même. Pas besoin de rajouter du surnaturel visible en plus : le vocabulaire de l’histoire de l’art (attribution, provenance, restauration, faux) peut très bien recouvrir une vérité occulte sans jamais le dire ouvertement.

Sur le plan strictement scénaristique, la mécanique est bien huilée : une œuvre d’art comme clé de voûte de l’énigme, un lieu patrimonial réel comme décor, un ou deux faits historiques vérifiés comme matière première, et un duo aux compétences complémentaires pour dérouler l’enquête.

Bref, si vous cherchez une série française récente qui tient la route sur la durée, qui ne prend ni le spectateur ni l’histoire de l’art pour des idiots, et qui en plus donne des idées de scénario presque clé en main, L’Art du crime mérite clairement le détour.

Auteur/autrice

  • scriiiptor

    Créateur et animateur passionné de scriiipt.com
    Rôliste depuis des temps immémoriaux (ou presque) et grand amateur d’imaginaire.
    Toujours prêt à explorer de nouveaux mondes, qu’ils soient fantastiques, historiques ou complètement déjantés.



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