Le moment où les donjons commencent à prendre la place des hexagones.
Après un premier numéro encore très marqué par la culture wargame et la FFJSST, Casus Belli n°2 confirme que quelque chose est en train de basculer. Lentement. Sans déclaration officielle. Mais clairement.
Dans notre chronique du n°1, on se rappelait que Casus Belli était encore « le magazine des jeux de simulation ». Le jeu de rôle y existait déjà, mais il partageait l’espace avec Panzergruppe Guderian et Diplomacy.
Le n°2 continue sur cette ligne… tout en la déplaçant légèrement.

Le wargame est toujours très présent. Drive on Stalingrad, Waterloo, campagnes napoléoniennes, systèmes tactiques détaillés. Rien n’a disparu. Mais cette fois, Donjons & Dragons cesse d’être une curiosité. Il devient une pratique installée.
Un long article explique concrètement comment organiser une partie, préparer ses personnages, tenir une chronique de campagne, gérer l’équipement. Ce n’est plus une découverte. C’est une transmission. Et surtout, le numéro contient ce qui ressemble déjà à une promesse éditoriale.
Un module.
Le Château des Sphinx est le premier mini-donjon publié dans la revue. Aujourd’hui il peut sembler rudimentaire, presque mécanique, très « porte-monstre-trésor », comme le remarque glob77.

Mais en 1980, c’est un geste fondateur. Casus Belli ne parle plus seulement du jeu de rôle. Il fournit du jeu prêt à jouer. Et autour de ce module, le magazine installe déjà ses futures habitudes.
La rubrique Devine qui vient dîner ce soir continue. Elle deviendra un classique. On y trouve des créatures étranges, parfois inquiétantes, parfois franchement bricolées, mais toujours jouables immédiatement. Ce sont des outils de table avant d’être du lore.

Même chose avec les Félys, nouvelle race jouable après le Samouraï du numéro précédent. Ce n’est pas encore une construction de gamme. C’est une expérimentation permanente, typique d’un moment où personne ne sait encore ce que sera exactement le jeu de rôle français.

Autre détail révélateur : le magazine annonce le premier championnat de France de wargames. Le cœur institutionnel reste du côté de la simulation stratégique. Mais le contenu publié raconte déjà autre chose.On est dans une zone intermédiaire.
Le n°1 montrait un magazine de wargame qui accueille le jeu de rôle. Le n°2 montre un magazine de simulation où le jeu de rôle commence à produire sa propre matière.
Ce n’est pas encore la bascule. Mais c’est clairement le moment où elle devient inévitable.


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