D’abord, salut à glob77. C’était une très bonne idée d’aller rouvrir le tout premier numéro de Casus Belli.

Pas celui dont on garde une image un peu mythifiée, avec les grandes campagnes et les encarts devenus cultes. Non.

Le numéro 1 est daté de Avril 1980. Avec 32 pages en noir et blanc, vendu 9 francs1, tiré à 2 000 exemplaires, distribué uniquement en boutique. Et surtout sous-titré, très clairement, Le magazine des jeux de simulation.

François Marcela-Froideval avait fondé quelque temps auparavant la Fédération française des jeux de simulation stratégique et tactique (FFJSST), Casus Belli devant être l’outil de communication de cette association loi de 1901. Il recrute pour la circonstance un jeune illustrateur et maquettiste, Didier Guiserix, avec qui il réalise ensuite des jeux en encart dans le magazine Jeux & Stratégie (appartenant au groupe Excelsior Publications).

Rien que le sous-titre Le magazine des jeux de simulation oblige à relire l’histoire autrement.

Quand on ouvre ce numéro, on comprend vite que le jeu de rôle n’est pas encore la colonne vertébrale du magazine. L’article principal est consacré à Panzergruppe Guderian, une simulation de la bataille de Smolensk en 1941 . Le ton est précis, technique, presque didactique. On parle d’échelle opérationnelle, de zones de contrôle, de débordement, de ravitaillement. Le jeu est étudié comme un système cohérent qu’il faut comprendre et maîtriser. Ce n’est pas un récit, c’est une analyse.

Il y a également un long article sur Diplomacy, présenté comme “The Paranoiac Game” . Là encore, l’approche est structurée, mais on sent déjà un déplacement. On ne parle plus seulement de manœuvres et de rapports de force. On parle d’alliances, de négociations, de trahisons. La dimension sociale du jeu devient centrale. Ce n’est plus seulement une simulation militaire, c’est un laboratoire de comportements humains.

Et pourtant, le jeu de rôle est bel et bien présent, et pas de manière anecdotique. Le sommaire annonce Dungeons & Dragons : La quête du Graal se porte bien, merci, mais aussi Devine qui vient dîner ce soir ? et Le Samouraï . On n’est donc pas uniquement dans l’explication théorique de ce qu’est D&D. On propose du contenu exploitable, des idées de scénarios, des éléments de jeu.

Devine qui vient dîner ce soir ? deviendra une rubrique récurrente tout au long des années, avec des créatures et monstres plus ou moins sérieux. Le Samouraï montre que l’on commence déjà à élargir les archétypes au-delà du cadre strictement médiéval occidental.

Ce numéro donne donc une image plus nuancée que celle que l’on garde parfois en mémoire. Le wargame domine encore, c’est indéniable. Le cadre éditorial vient d’une fédération de jeux de simulation stratégique et tactique, et le magazine sert aussi d’outil de liaison pour structurer un milieu naissant . Mais le jeu de rôle n’est pas en périphérie. Il s’installe, il produit du contenu, il s’affirme progressivement.

Relire ce premier numéro aujourd’hui permet de voir un moment d’équilibre instable. Rien n’est encore figé. Les hexagones occupent la majorité de l’espace, mais les donjons sont déjà là, et ils ne disparaîtront plus. C’est sans doute pour cela que ce numéro est important. Pas parce qu’il serait spectaculaire, mais parce qu’il montre le point de départ, avant que les lignes ne se déplacent définitivement.

  1. Compte tenu de l’érosion monétaire due à l’inflation, le pouvoir d’achat de 9,00 Francs en 1980 est donc le même que celui de 4,53 Euros en 2025. ↩︎


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Commentaires

2 réponses à “Casus Belli n°1 : avant les dragons, les hexagones”

  1. Avatar de Anagrys
    Anagrys

    Du temps où j’étais abonné, à l’aube des années 90, Casus ne faisait pas mystère de leur origine « jeux de simulation », même si ceux-ci n’y occupaient plus qu’une double page à la fin de chaque numéro. Après, j’avais pour ma part une petite préférence pour le Cave Canem qui avait accompagné mon Casus de l’été !

    1. Avatar de scriiiptor

      Oui, wargames, figurines, et même des jeux video (et des jeux sur minitel par moment). Il y a eu de tout, et pas uniquement du jeu de rôle.
      Et sans oublier quand même pas mal de chroniques de films, de bd et de romans. Casus a aussi fait beaucoup pour les cultures de l’imaginaires.