Chaque mois, la même question revient. Un édito de novembre, ça doit prolonger ce qu’on a dit en octobre, ou annoncer ce qui arrive en novembre ? On a hésité un bon moment. Regarder derrière soi permet de boucler la boucle, regarder devant permet de jouer la bande-annonce. Pour une fois, on fait ni l’un ni l’autre, parce qu’on sait absolument pas de quoi on va causer ce mois-ci. Ça se décidera au fil des lectures, des films revus et des idées qui traînent dans un coin de la tête.
Autant avouer le reste : on sait pas toujours de quoi on parle quand on écrit « édito ». Comme d’habitude, on s’est renseignés sur le mot après coup, en lisant trois pages de conseils de rédaction. Ce qu’on en retient : un édito exprime une opinion, donne le ton et présente la suite. Pour la suite, justement, y’a pas de sommaire. Une des pages déconseille aussi les termes familiers, et ça, on a décidé de pas s’en occuper.
Petit rangement au passage. On a laissé tomber la correspondance secrète sur le site principal. Les clins d’œil de connivence façon underground, on les garde pour le webzine et pour secret.scriiipt.com, qui sont faits pour ça. Ici, on va plus simplement : on cause de jeu de rôle, d’histoire et d’imaginaires, sans faire les malins.
Reste l’actualité, qu’on a du mal à ignorer ce mois-ci. Aux États-Unis, les élections de mi-mandat du 3 novembre ont tourné à la déroute pour le camp de Donald Trump : d’après le décompte d’Associated Press les démocrates comptent 54 sièges au Sénat contre 44, et dépassent largement les 218 sièges nécessaires à la Chambre des représentants. Des États comme le Kansas, qui n’avait plus élu de sénateur démocrate depuis des décennies, ont basculé. Trump a reconnu la défaite de son camp, ce que plusieurs experts jugeaient peu probable, en parlant du « bon boulot » des démocrates, tout en promettant d’user de son veto.
Au Brésil, Flavio Bolsonaro, le fils de Jair, a été battu par Lula au second tour du 25 octobre, même s’il refuse pour l’instant de reconnaître le résultat. En Serbie, c’est le mouvement étudiant né après l’effondrement de l’auvent de la gare de Novi Sad, qui avait fait seize morts en 2024, qui a remporté les législatives du 25 octobre face à Aleksandar Vučić, au pouvoir depuis quatorze ans. Deux ans de manifestations contre la corruption, puis des élections anticipées arrachées en septembre, et une participation d’environ 65 %. Vučić a concédé sa défaite le soir même. Quelques mois plus tôt, en Hongrie, Viktor Orbán avait perdu le pouvoir après seize ans, face au conservateur Péter Magyar. On est dans une histoire où des électeurs, parfois des étudiants, qui ont repris la main.

On va pas en faire une victoire définitive, ni une loi de l’histoire. Les élections se rejouent, et celles et ceux qui ont gagné vont devoir gouverner, en Serbie comme chez les démocrates américains. Mais ces scrutins rappellent que la liberté a encore de beaux jours, et que baisser les bras est jamais une option. Les outils démocratiques s’usent surtout quand on s’en sert pas, alors on s’en sert, tout le temps et partout : dans la rue, devant les tribunaux, dans la presse, sur les réseaux, autour d’une table ou à la machine à café. On explique, on parle, on montre, on recommence. Et on oublie pas qu’au bout du compte, ça se joue aussi dans les urnes. Les étudiants serbes ont manifesté pendant deux ans, et c’est dans l’isoloir que la page s’est tournée.
On se retrouve dans quelques jours, avec on sait pas encore quoi.


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