Quand on raconte l’histoire du jeu de rôle, quelques noms reviennent presque toujours. Les récits évoquent la naissance de Dungeons & Dragons et les premières conventions américaines. Cette histoire existe bien sûr. Mais elle est souvent racontée de façon simplifiée.

Dès les années 1970, des femmes participent déjà activement au développement du hobby. Elles écrivent, éditent, organisent des communautés de joueurs ou travaillent directement dans les premières entreprises du secteur. Certaines ont laissé une trace très visible. D’autres ont été moins citées dans les récits rétrospectifs.

Lee Gold

En juin 1975 apparaît un périodique amateur consacré au jeu de rôle : Alarums and Excursions. Il est fondé et édité par Lee Gold.

À cette époque, la communauté rôliste est encore très dispersée. Les joueurs échangent surtout par courrier, par conventions ou par l’intermédiaire de fanzines. Alarums and Excursions devient rapidement un lieu de discussion central.

Le magazine fonctionne en grande partie comme un espace de correspondance collective. Les lecteurs envoient des articles, des variantes de règles, des comptes rendus de parties ou des débats sur la manière de jouer. Ces contributions sont publiées dans les numéros suivants, créant une conversation continue entre passionnés.

Pendant des décennies, Alarums and Excursions restera l’un des points de rencontre importants de la culture rôliste.

Jennell Jaquays

Jennell Jaquays fait partie des autrices importantes de la première génération du jeu de rôle.

À la fin des années 1970, elle travaille notamment avec l’éditeur Judges Guild. Elle y publie plusieurs scénarios devenus célèbres, dont Dark Tower (1979) et The Caverns of Thracia (1979).

Ces modules se distinguent par leur conception des environnements d’aventure. Plutôt qu’un donjon organisé comme un simple couloir de salles successives, Jaquays imagine des lieux complexes, avec plusieurs entrées, des chemins alternatifs et des niveaux interconnectés. Les joueurs peuvent explorer ces espaces de différentes manières.

Cette approche a marqué durablement la réflexion sur le design des donjons. Dans les discussions contemporaines sur le jeu de rôle, on parle parfois de “jaquaysing the dungeon” pour décrire ce type de structure ouverte.

Jaquays a également travaillé comme illustratrice et conceptrice dans l’industrie du jeu vidéo par la suite.

Jean Wells

Jean Wells est souvent citée comme la première femme engagée comme game designer par TSR, l’éditeur historique de Dungeons & Dragons.

Elle participe à la conception de plusieurs produits au début des années 1980. Son nom reste surtout associé au module Palace of the Silver Princess.

Ce scénario est connu pour une histoire éditoriale particulière. Une première version du module, imprimée en 1981 avec une couverture orange, est retirée de la circulation avant sa diffusion commerciale. Le scénario est ensuite réécrit et republié dans une version modifiée avec une couverture verte.

La version originale est aujourd’hui devenue une curiosité recherchée par les collectionneurs de produits TSR.

Une histoire plus collective qu’on ne le croit

Ces exemples rappellent une chose simple. L’histoire du jeu de rôle n’a jamais été construite par une seule poignée de créateurs.

Autrices de scénarios, éditrices de fanzines, illustratrices, organisatrices de communautés : dès les premières années du hobby, des femmes participent à sa création et à sa diffusion.

Certaines contributions sont bien connues. D’autres apparaissent surtout quand on regarde les archives des fanzines, les crédits des modules ou les témoignages de la communauté rôliste de l’époque.

Cette histoire reste encore en partie à documenter. Mais une chose est claire : les femmes n’arrivent pas tard dans le jeu de rôle. Elles sont présentes dès ses débuts.



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