La survivante, le cristal et la fin des illusions
Sorti en 2000 directement sur le marché vidéo, Heavy Metal 2000 est une suite officielle du film culte d’animation Heavy Metal (1981), lui-même inspiré du magazine du même nom et de son imaginaire adulte mêlant science-fiction, fantasy et érotisme. Mais contrairement au premier film, qui fonctionnait par segments indépendants, celui-ci raconte une seule histoire, simple, brutale et continue.


Le film adapte librement le graphic novel The Melting Pot, écrit par Kevin Eastman et illustré notamment par Simon Bisley, deux noms profondément liés à la culture visuelle de la fantasy adulte des années 1990.



Et surtout, il place au centre une héroïne inspirée directement d’une personne réelle : Julie Strain.

Un récit de vengeance, dans sa forme la plus directe
L’histoire commence comme une mauvaise découverte. Un mineur spatial (Tyler, avec la voix de Michael Ironside) met la main sur un cristal ancien, vestige d’une civilisation disparue. Le contact le rend fou. Il massacre son équipage, prend le contrôle du vaisseau et part à la recherche d’une fontaine d’immortalité.


Sur sa route, il détruit la planète Eden. Julie survit, mais sa sœur Kerrie est tuée (enfin semble-t-il).


Julie ne devient pas une élue, ni une prophétesse, ni une sauveuse cosmique. Elle devient simplement quelqu’un qui refuse d’accepter ce qui vient de se produire. Elle prend les armes, quitte sa planète et poursuit Tyler à travers l’espace pour l’empêcher d’atteindre son objectif et pour venger les siens.




Le film ne cherche pas la subtilité. C’est un récit de traque, construit autour d’un artefact corrupteur, d’un tyran en devenir et d’une survivante qui refuse de disparaître.


Julie Strain, actrice devenu personnage
Julie est interprétée par Julie Strain elle-même. Elle prête sa voix au personnage, et surtout son apparence. Le design du personnage est directement basé sur elle.


Ce n’est pas qu’un simple détail.






Julie Strain n’est pas une actrice choisie pour un rôle déjà écrit. Elle est l’origine du personnage. Le film transpose dans la fiction une figure qui existait déjà dans l’imaginaire visuel de la fantasy et de l’illustration adulte.
On retrouve ici ce qui faisait sa singularité : une présence physique crédible, une posture de combattante, une manière d’exister dans l’image qui ne relève pas de l’abstraction.
Un film profondément marqué par son époque
Visuellement, Heavy Metal 2000 porte la marque de la fin des années 1990. Le design des personnages, l’animation, la bande-son dominée par le metal et le rock alternatif, tout correspond à cette période de transition entre culture comics, culture MTV et jeux vidéo.

Ce n’est pas un hasard si le film a donné naissance à un jeu vidéo, Heavy Metal: F.A.K.K.², qui prolonge directement l’histoire et place Julie au centre de l’action.
Le film lui-même fonctionne déjà comme une progression : planète détruite, poursuite, station, désert, citadelle, affrontement final.


Un film imparfait, mais cohérent
Le film a reçu un accueil critique globalement négatif, notamment pour son scénario simple et son animation inégale. Mais ce jugement passe parfois à côté de ce que le film est réellement.

Heavy Metal 2000 n’est pas une œuvre contemplative. C’est une œuvre d’exploitation animée, héritière directe des comics adultes et des illustrations fantasy des décennies précédentes. Il ne cherche pas à cacher ses influences. Il les assume.

Il propose un monde violent, ancien, sale, où les artefacts ont un prix et où survivre suffit à devenir un personnage.


Pourquoi ça pourrait plaire aux rôlistes ?
Parce que c’est littéralement un scénario de jeu de rôle. Un artefact ancien qui corrompt son porteur. Une civilisation disparue. Une planète détruite. Une survivante qui part en traque à travers plusieurs mondes. Une citadelle finale. Un affrontement contre un tyran devenu presque immortel.
Tout y est.
Julie elle-même est un archétype parfait de personnage rôliste : pas une héroïne prédestinée, mais quelqu’un façonné par ce qu’elle a traversé. Elle n’est pas définie par un pouvoir spécial. Elle est définie par le fait qu’elle continue.
Dans un jeu comme Hypertelluriens, elle s’intègre immédiatement. Elle est déjà une ultranaute.



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