Maxmilián Pirner, et tout ce qu’il y a au bout de la pelote qu’on déroule…
On est parti d’un nom qu’on a découvert pas hasard en tombant sur une toile bizarre : Maxmilián Pirner, peintre et enseignant tchèque de l’Empire austro-hongrois. Sur lui, on sait pas plus que ce qu’en dit wikipedia, mais en creusant un peu il y a tout un décor qui apparait.
L’homme, en quelques mots

Pirner étudie à l’académie des beaux-arts de Prague, puis à celle de Vienne, où il reste jusqu’en 1887 sans vraiment percer. Un ancien maître, devenu directeur des Beaux-Arts viennois, le recommande alors pour un poste de professeur à Prague. Il y enseigne, et parmi ses élèves on trouve Max Švabinský, Jan Dědina ou Karel Reisner.
Côté style, il est gagné par la modernité avant les années 1890. Ses motifs empruntent aux lignes courbes et aux sinuosités, avec un imaginaire « presque fantastique voire macabre ». Un ouvrage de 1906 parlait de « mysticisme exacerbé ». Il a aussi laissé des esquisses de vitraux. Réputé de son vivant puis oublié, il est redécouvert à partir de la fin des années 1980.
Vienne et la Sécession
Pirner est présenté comme l’un des membres fondateurs de la Sécession viennoise, créée en 1897 par Josef Maria Olbrich, Josef Hoffmann et Gustav Klimt.
Le groupe se donne son propre bâtiment d’exposition, le palais de la Sécession, et vise un « art total », qui occupe aussi bien les murs que les objets du quotidien.

Autour d’eux, une revue : Ver sacrum, lancée en janvier 1898 et arrêtée en décembre 1903. Pirner y dessine certaines couvertures en 1899 et y signe un texte.
Le titre vient de Tite-Live : un « printemps sacré », rite antique où l’on poussait les jeunes hors de la cité pour qu’ils fondent la leur, sous le signe de Mars, parce qu’on ne s’installe jamais sans quelques batailles. Sur la couverture du premier numéro, un arbre dont les racines font éclater le pot.




Au sommaire de 1899, on croise une illustration d’Ernst Stöhr intitulée Vampir, mais aussi Rilke, Maeterlinck, Knut Hamsun ou Hofmannsthal. Un bon échantillon de l’époque.

De cette aventure sort la Wiener Werkstätte en 1903, atelier d’arts appliqués fondé par Hoffmann et Koloman Moser, avec sa devise : mieux vaut travailler dix jours sur un objet que produire dix objets en un jour.
Elle ferme en 1932, et près de 7 000 objets partent aux enchères.
Prague et le cercle Mánes
Pirner est aussi un représentant actif du cercle artistique Mánes, fondé en 1887 à Prague. Le cercle publie la revue Volné směry à partir de 1897 et fait entrer l’avant-garde en Bohême : Rodin en 1902, l’art russe en 1904, Edvard Munch en 1905 (première fois à Prague), les impressionnistes français en 1907. Il fait construire entre 1928 et 1930 un complexe fonctionnaliste sur la Vltava, près d’un ancien moulin fortifié, avec restaurant, club et salle d’exposition.
Après le coup de Prague de 1948, le régime communiste complique les activités du cercle puis le ferme en 1956. Il se reconstitue en 1990, occupe ses anciens locaux, perd un procès de treize ans, et s’installe en 2004 dans la maison Diamant, un édifice cubiste. Parmi les membres, il y a aussi un certain Jan Švankmajer, cinéaste d’animation.
d’où tout ça vient
Plus loin dans le passé, on tombe sur le mouvement britannique Arts and Crafts, né dans les années 1860. Il réagit à l’industrialisation et prône le retour à l’artisanat et à l’esprit des guildes médiévales. Les communautés d’artisans quittent la ville pour la campagne, et la Sécession viennoise a puisé chez eux, comme chez les motifs gothiques et l’estampe japonaise. Côté Art nouveau, on croise Ernst Haeckel et ses planches de radiolaires, ou Viollet-le-Duc, qui voulait que « la logique de la nature » serve de modèle. Même mouvement, plein de noms selon les pays : Jugendstil, Sezessionstil, style nouille, Modernismo.
Et en jeu de rôle ?
On ne va pas vous servir de pistes toutes faites. Juste constater que ce fil ramène un matériau très riche, et qu’on peut l’attraper par plusieurs bouts.
On peut se concentrer sur une période, ce moment charnière où des artistes quittent les salons officiels, fondent leur revue, leur pavillon, leurs ateliers, et où l’imaginaire du temps mêle symbolisme, psychanalyse naissante et goût du macabre. On peut aussi choisir un seul mouvement et le prendre comme décor : une revue, un cercle, un atelier, une querelle de chapelles.
Et pour du fantastique, plutôt que de plaquer un monstre sur une époque, on peut se laisser inspirer par les images elles-mêmes : un arbre qui brise son pot, une façade ornée de chouettes, une inscription latine sur un mur, des lignes courbes qui ressemblent à des racines. À chaque table de jeu de rôle sur table de les lire à sa façon, comme réseau d’influences, société d’artistes ou simple ambiance.
Reste à savoir ce que Pirner aurait fait de tout ça.
Nous, au départ on a juste découvert cette toile et la mention de l’auteur, Maxmilián Pirner (1854-1924)… On a creusé un peu… Et voilà qu’on récupère des tas de noms d’artistes à découvrir !













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