Sexe, dés et latex

Longtemps tabou, la sexualité finit par s’inviter dans le jeu de rôle. Du Book of Erotic Fantasy américain à Romance Érotique de Jelino et Maud Chalmel, les créateurs explorent désir, consentement et intimité sans provocation. Le corps devient un langage narratif plutôt qu’un interdit.

La sexualité a toujours rôdé autour du jeu de rôle sans jamais y trouver une vraie place. Pendant que les premiers manuels se gardaient de toute allusion, les tables, elles, improvisaient déjà. Le jeu restait officiellement pudique, mais la fiction débordait souvent.

En 2003, le Book of Erotic Fantasy, publié par Valar Project, brise ce tabou. Ce supplément pour le d20 System tente d’introduire le sexe, le consentement et le corps dans un cadre de règles compatible avec Donjons & Dragons 3e édition. Wizards of the Coast retire aussitôt la licence officielle, jugeant le projet “inapproprié” pour la marque. L’affaire marque une rupture : le jeu de rôle peut parler de tout, mais pas sans gêner.

En France, la tentative la plus directe viendra en 2012 avec Romance Érotique, écrit par Jelino et illustré par Maud Chalmel, publié chez Sycko. C’est un jeu pour deux personnes, conçu comme une fiction sentimentale et sensuelle. Pas de dés, pas de système complexe : chaque scène invite à explorer le rapport amoureux à travers la narration, les gestes, et le consentement explicite. C’est un jeu intime, parfois maladroit, mais sincère dans son intention de rapprocher le corps et la fiction.

Entre ces deux extrêmes (le manuel pseudo-technique américain et le jeu minimaliste français) se sont glissées d’autres approches.

Des jeux comme Monsterhearts (Avery Alder, 2012) traitent du désir et de la manipulation sous la forme d’une métaphore adolescente. Blue Rose (Green Ronin, 2005 puis 2017) parle d’amour, d’orientation et d’idéaux romantiques dans un cadre de fantasy douce.

D’autres encore, souvent venus du GN nordique, comme Just a Little Lovin’ ou Fat Man Down, abordent la sensualité et la vulnérabilité par le jeu physique et l’émotion directe.

Tous ces jeux ont en commun de ne pas traiter le sexe comme un thème racoleur, mais comme un langage dramatique : un moyen de parler de lien, de pouvoir ou de confiance. Ils reposent sur un contrat clair, une écoute réelle, et des outils de sécurité émotionnelle.

Le jeu de rôle n’a jamais été éloigné du corps. Il a simplement mis du temps à en parler autrement que par la parodie ou la gêne. Les jeux “érotiques” ne cherchent pas la provocation, mais un espace sincère où fiction et intimité peuvent se rencontrer sans danger.


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